Les sourds burkinabè, une minorité linguistique en quête d'inclusion
DOI :
https://doi.org/10.64707/revstlsh.v41i2.2036Mots-clés :
sourds, minorité linguistique, familiolecte, inclusion, cultureRésumé
Cet article analyse la situation linguistique, éducative et socioculturelle des personnes sourdes au Burkina Faso, considérées comme une minorité linguistique dont la langue naturelle, la langue des signes burkinabè demeure non reconnue, non décrite et marginalisée dans les politiques publiques. À travers une méthodologie qualitative combinant analyse documentaire, entretiens semi-directifs et observations dans plusieurs structures éducatives et communautaires, l’étude met en lumière une privation linguistique persistante dès la petite enfance, conséquence directe de l’absence de dépistage précoce, de l’inexistence d’un cadre institutionnel pour la langue des signes et de l’usage répandu de familiolectes mimogestuels insuffisants pour soutenir un développement complet. Les résultats montrent que les enfants sourds grandissent, pour la plupart, sans accès à une langue structurée avant l’âge scolaire, ce qui entraîne des retards linguistiques, cognitifs et socio-affectifs significatifs. L’école burkinabè, construite sur un modèle strictement vocal-oral, ne parvient pas à répondre à leurs besoins : les enseignants sont peu formés à la langue des signes, les manuels adaptés sont inexistants et les interprètes scolaires quasi absents. Au-delà du cadre scolaire, la marginalisation est alimentée par des représentations sociales stigmatisantes qui associent la surdité à l’incapacité, à la fatalité ou à la honte, L’article appelle à une transformation profonde des politiques linguistiques et éducatives : reconnaissance officielle de la langue des signes burkinabè, planification linguistique nationale, modèle bilingue LS–français, formation spécialisée des enseignants et professionnalisation des interprètes, afin de garantir aux personnes sourdes leur droit fondamental à une langue, à l’éducation et à une citoyenneté pleine et entière.
Références
Références bibliographiques
Adoyo, P. O. (2004). Kenyan Sign Language and simultaneous communication: Differential effects on memory and comprehension in deaf children in Kenya. Journal of Deaf Studies and Deaf Education, 9(3), 292–303.
Akach, P., & Tharpe, D. (2012). Sign language planning in sub-Saharan Africa: Current status and prospects. African Studies, 71(2), 267–285.
Babou, S. (2021). Inclusion scolaire des enfants sourds au Mali : pratiques langagières et contraintes socioculturelles. Revue Africaine d’Éducation Inclusive, 5(1), 44–62.
Bauman, H.-D. L., & Murray, J. J. (2014). Deaf Gain: Raising the stakes for human diversity. University of Minnesota Press.
Bourdieu, P. (1980). Le capital social: Notes provisoires. Actes de la recherche en sciences sociales, 31, 2-3.
Bourdieu, P. (1986). Ce que parler veut dire. Fayard.
Bronfenbrenner, U. (1979). L'écologie du développement humain. Montréal: Chenelière Éducation.
Canagarajah, S. (2017). Translingual approaches to writing and teaching. Modern Language Journal, 101(2), 348–358.
Christensen, K., & Nover, S. (2002). Critical pedagogy and bilingual education for deaf students: ASL and English. Bilingual Research Journal, 26(1), 1–28.
Congo, A. C. (2021), Apports des langues nationales et des familiolectes mimogestuels dans l’éducation familiale des enfants sourds au Burkina Faso, pour un développement inclusif, Akofena, Revue scientifique des Sciences du Langage, Lettres, Langues & Communication, Spécial n°3- L3DL-CI, Université Felix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire ; pp 271 à 288
Fraser, N. (2009). Scales of justice: Reimagining political space in a globalizing world. Columbia University Press.
Garcia, O. (2009). Bilingual education in the 21st century: A global perspective. Wiley-Blackwell.
Goffman, E. (1963). Stigma: Notes on the management of spoiled identity. Englewood Cliffs, NJ: Prentice-Hall.
Goffman, E. (1975). Stigmates. Les usages sociaux des handicaps. Paris: Éditions de Minuit.
Humphries, T., Kushalnagar, P., Mathur, G., Napoli, D. J., Padden, C., Rathmann, C., & Smith, S. R. (2012). Language acquisition for deaf children: Reducing the harms of zero tolerance to the use of alternative approaches. Harm Reduction Journal, 9(1), 1–9.
Ladd, P. (2003). Understanding Deaf culture: In search of Deafhood. Multilingual Matters.
Lane, H. (1999). The mask of benevolence: Disabling the Deaf community (2nd ed.). DawnSignPress.
Martins, R. (2018). Deaf education in Tanzania: Challenges of linguistic and cultural inclusion. African Journal of Disability Studies, 7(1), 1–11.
Mayberry, R. (2007). When timing is everything: Age of first-language acquisition effects on second-language learning. Applied Psycholinguistics, 28(4), 537–549.
Nover, S., Christensen, K., & Cheng, L. L. (2002). Development of ASL and English proficiency in a bilingual program. In R. E. Johnson & O. Garcia (Eds.), Bilingual education for deaf students (pp. 71–94). Gallaudet University Press.
Oke, L. A., & Ogundele, M. O. (2014). The educational marginalization of deaf learners in Nigeria. Journal of Special Education and Rehabilitation, 15(3–4), 89–104.
Owu-Ewie, C. (2019). Sign language and deaf education in Ghana: Issues, challenges and prospects. Ghana Journal of Linguistics, 8(1), 83–108.
Padden, C., & Humphries, T. (2005). Inside Deaf culture. Harvard University Press.
Skutnabb-Kangas, T. (2000). Linguistic genocide in education – or worldwide diversity and human rights? Lawrence Erlbaum.
Skutnabb-Kangas, T., & Phillipson, R. (1995). Linguistic human rights: Overcoming linguistic discrimination. Mouton de Gruyter.
UNESCO. (1960). Convention against discrimination in education.
World Federation of the Deaf. (2017). Position paper on the recognition of national sign languages.