Le conte : apories contemporaines d’un statut d’art « populeux »
Mots-clés :
conte, apories contemporaines, folklore, scripturarité, ritualitéRésumé
Le conte d’expression africaine participe d’un discours cosmique mis en scène dans une situation de communication
sociale. Le présent propos vise à montrer le caractère impropre de l’infériorisation statutaire de ce discours « total » (Louis Millogo, 2002), depuis Géneviève Calame-Griaule (1965, 1984) : un art « populeux » à l’échelle inférieure de la pyramide de la parole et des rituels sociaux, « folklore », « folktale ». L’art du conte n’est-il pas en définitive le terrain de prédilection d’un « art rituel » dont les stratégies et l’éthique énonciatives subsument les cloisons entre le narratif et le théâtral, entre l’agir historique et la transcendance cosmogonique ? Aussi loin que l’on remonte en Afrique noire les preuves de son immémorialité existent ; à l’inverse, les preuves de son passage à l’écrit et de son historicité récente de genre d’emprunt sont lisibles, dans la littérature (C. Grimberg, 1963 ; M. L. West, 1984 ; N. Belmont, 1999 ; M. Coyaud, 2013), dans les parties du monde où l’on lui attribue classiquement ses origines notamment l’antique monde grec en Milet, l’Orient des « contes des mille et une nuits » ou l’Inde dravidienne. Sous ce rapport, convient-il de cerner les contours épistémologiques de sa mutilation poétique qui se poursuit aujourd’hui encore en Afrique-même, sous la poussée de la prépondérance de l’écrit, suite à sa réduction narrative et scripturaire à la faveur de son expansion à partir de l’Afrique et sa territorialisation notamment européenne en tant que première littérature universelle. Le cadre théorique est constitutif d’une épistémocritique par la performance sémiocritique du conte comme texte et contexte.